CIPEN

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Cette séance est animée par l'historienne Anne-Emmanuelle Veïsse, professeure d'histoire ancienne et membre du Laboratoire Acp, Analyse Comparée des Pouvoirs à l'université Gustave Eiffel. Elle est spécialiste de la Grèce Antique, de l'histoire politique et sociale de l'Egypte hellénistique et de l'histoire de l'Empire lagide en Méditerranée orientale ainsi que de la papyrologie. Elle a agencée la séance avec d’abord une description du système judiciaire à Athènes puis a poursuivi sur le procès et la condamnation de Socrate. Ceci avait pour but de nous apprendre le système complexe et bien différent de celui des époques suivantes afin de nous montrer une forme alternative de justice et comment elle opérait au travers d'un exemple.

 

À Athènes, la population totale s'élevait à environ 300 000 habitants, dont 40 000 citoyens ayant un accès direct aux tribunaux. Les esclaves et métèques, bien qu'exclus des tribunaux, pouvaient porter plainte et être représentés. Le système judiciaire athénien reposait sur plusieurs juridictions, chacune ayant des compétences spécifiques.

 

L'Héliée, composée de 6 000 juges, les dicastes, tirés au sort parmi les citoyens volontaires de plus de 30 ans, était au cœur du système. Ces juges, rémunérés par un misthos, étaient sélectionnés chaque matin via un klèrotorion. Ils jugeaient des procès privés dikai et publics graphai, avec des jurys allant de 201 à 2 501 dicastes selon la nature de l'affaire. Les procès privés ne pouvaient être ouverts que par un citoyen personnellement impliqué, tandis que les procès publics pouvaient être initiés par n'importe quel citoyen.

 

L'Aréopage, spécialisé dans les homicides et sacrilèges, était composé d'anciens archontes membres à vie. Les collèges de magistrats pouvaient également juger des affaires privées, mais uniquement pour des peines de faible montant. L'Ecclésia, assemblée de tous les citoyens adultes, pouvait rendre justice dans des cas spécifiques, comme les propositions contraires aux lois ou les accusations de haute trahison. Enfin, la Boulè, conseil de 500 citoyens, appliquait les décisions de l'Ecclésia et avait une fonction judiciaire concernant les magistrats, en faisant appel à l'Héliée.

 

Le système judiciaire athénien différait du système moderne par l'absence de ministère public, de procureurs et de juges professionnels. Les juges, non professionnels, étaient tirés au sort, et chaque citoyen devait assurer sa propre défense, bien qu'il puisse se faire rédiger sa plaidoirie par un logographe. Les peines incluaient des amendes, confiscations de biens, perte de droits civiques atimie, et condamnation à mort, généralement par ingestion de poison. L'ostracisme, mesure préventive, permettait d'exiler un individu considéré comme une menace pour la démocratie ou la sécurité d'Athènes, sans perte de droits après 10 ans.

 

Pour ouvrir un procès, il fallait déposer plainte auprès de différents magistrats selon le type d'affaire. Le jour de l'audience, les juges étaient tirés au sort puis faisaient la lecture de l'accusation et écoutaient les discours des parties avant d’enfin procéder à un vote anonyme sur la culpabilité et la peine de l’accusé. Les votes étaient réalisés à l'aide de jetons et de machines à voter, garantissant l'anonymat des juges.

 

Le procès de Socrate, en -399, illustre bien ce système. Né vers -470/469, Socrate fut accusé de corrompre la jeunesse et de ne pas reconnaître les dieux. Jugé devant l'Héliée avec 501 juges, il fut déclaré coupable et condamné à mort. Socrate, philosophe respecté et bon citoyen, avait participé à plusieurs guerres et siégé à la Boulè. Ses accusateurs, Mélétos, Lycon et Anytos, le visaient probablement pour des raisons politiques, notamment en raison de ses liens avec des figures controversées comme Alcibiade et Critias.

 

Socrate, fidèle à ses principes, refusa de négocier sa peine et fut exécuté par ingestion de ciguë. Platon et Xénophon relatèrent les événements, bien que Platon n'ait pas assisté à la mort de Socrate. Ce procès reste un exemple marquant de la rigueur et des tensions politiques de l'époque en permettant de montrer le déroulement d'un procès et l'exécution d'une peine.

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